« Rendez-vous au Parlement. Tout le plaisir sera pour moi. » Voilà comment le blogueur et comique Beppe Grillo signe chacun des posts sur son blog. Le bonhomme est sûr de lui, un brin ironique, savamment effronté. Mais il a beau être humoriste, chez les politiques italiens, ce Génois de 64 ans, de son vrai nom Giuseppe Piero Grillo, ne fait plus rire personne.
A quelques jours des élections générales, les 24 et 25 février, le leader du parti populiste MoVimento 5 Stelle (« avec un V majuscule pour "Vaffanculo", "va te faire foutre" ») peut se gausser d'être crédité de 15 % dans les sondages... Derrière le Parti démocrate de Pierluigi Bersani et le Peuple de la liberté de l'inusable Berlusconi. Il évince les centristes de Monti du tiercé de tête. Dans son programme : limitation du nombre de mandats pour les parlementaires, exclusion des députés condamnés en justice... La cible est claire : la classe politique.
Les têtes politiques, Beppe Grillo en a fait les marionnettes de son tout dernier show : le Tsunami Tour. C'est ainsi qu'il a baptisé sa tournée électorale. Dans son camping-car, il sillonne l'Italie. Seul sur scène, il vocifère, peste, s'emporte... Et insulte ses adversaires qu'il affuble de surnoms ridicules : « Rigor Montis », pour le président du Conseil, « zombie » pour Pier Luigi Bersani, ou encore le « nain psychopathe » pour Silvio Berlusconi. Il va même jusqu'à qualifier le président de la République Giorgio Napolitano de « dépouille ». Toujours dans l'excès, adepte du franc parler, Grillo repousse les limites du politiquement correct. Et le style fait des émules. Dernière frasque en date : samedi, sur la piazza Maggiore de Bologne, noire de monde malgré la pluie glaciale, il appelle Al-Qaïda à bombarder Rome et ses politiciens corrompus : « Sur le Parlement ! Mais qu'ils le fassent avant le 25 février, après nous serons là ».
Les coups de gueule, c'est sa marque de fabrique. Dans les années 80, il se fait connaître grâce à une publicité pour une marque de yaourt avant de participer à des émissions de variétés. Ses interventions sont cinglantes, satiriques. En 1986, dans l'émission Fantastico 7 sur la Rai Uno, il attaque directement le parti socialiste et le président du Conseil, Benitto Craxi alors en voyage en Chine, sur des détournements de fonds publics : « S'ils sont tous socialistes, alors qui ils volent ? »(A partir de 4'07")
La sanction tombe : il est mis à l'écart des chaînes publiques. Quelques années plus tard, Craxi est condamné à 27 ans de prison pour financement illicite de parti et corruption dans l'enquête « Mani pulite » (« mains propres »).
Il se tourne vers le théâtre. Avec l'humour pour seule arme, ses spectacles sont de plus en plus politisés. Dans une Italie gangrénée par la corruption, Beppe Grillo s'en donne à cœur joie. Il lance son blog, en 2005. Avec près de 500 000 lecteurs par jour, c'est le blog le plus lu d'Italie. Deux ans plus tard, nouveau coup d'éclat : il lance le « Vaffanculo-day ». Tous les hommes politiques en prennent pour leur grade. Grillo les cite, un à un, les tourne en dérision avant de soumettre le nom de chacun à un concert de « Vaf... » . L'excès, encore et toujours.
Amitiés fascistes
Inclassable, le leader du mouvement « 5 Stelle », créé il y a quatre ans, se dit « apolitique ». « Ni de droite, ni de gauche », il est loin de faire l'unanimité et suscite la controverse. En cause : ses relations troubles avec le mouvement fasciste Casapound, connu pour ses actions violentes. Le 11 janvier, en pleine campagne électorale, il déclare : « Casapound, ça vaut mieux que Monti. Un militant peut entrer à 5 Stelle ». De quoi alimenter la polémique. D'autant que, dans les années 90, Grillo se présente comme le disciple de Giancinto Auriti, un professeur de Droit connu pour ses positions fascistes. Dans son spectacle "Apocalisses Morbida", l'humoriste présente les thèses économiques de Auriti. Aux critiques, Beppe Grillo répond sans détour, fidèle à lui-même : « Ce débat ne m'intéresse pas ».
Lucie Marnas